Dieu et la Petite Souris

Je mijote un article sur la religion chrétienne (catholique en particulier) depuis plusieurs années. J’ai envie — besoin ? — de poser à plat les opinions contradictoires qu’elle m’inspire. Il y a du matériel, je vais donc sortir plusieurs épisodes. Commençons par… eh bien, le commencement. Il se trouve que j’ai reçu des fragments d’éducation religieuse pendant mon enfance. C’est cela que je vais vous raconter ce soir. Dans les articles suivants, je serai moins sympa, ne vous inquiétez pas. :p

J’ai été élevée par un père baptisé catholique — mais plutôt athée voire franchement antireligieux — et une mère protestante. Ils ne se sont pas mariés à l’église, ils ont tous les deux suivi des études scientifiques (Bac +3 et Bac +2, si je me souviens bien). Il n’y avait pas de signes religieux à la maison, hormis La Bible racontée aux enfants (protestante, car ayant appartenu à ma mère) édition 1966. J’aimais bien cette bible, les images étaient jolies (j’ai un peu oublié la teneur des histoires, par contre). Globalement, la religion était peu abordée à la maison. Ce n’était pas trop leur truc, et logiquement pas trop le mien jusqu’à mon entrée à l’école primaire.

De mon côté, comme j’étais scolarisée à l’école publique à Strasbourg (en Alsace, donc), il a fallu « choisir » un enseignement religieux où m’inscrire à mon entrée au CP. Ils ont choisi la version protestante, « parce que sinon il faut aller à la messe ». So be it. Par contre, un an après, j’ai déménagé dans un village (toujours alsacien) où l’enseignement protestant n’était pas disponible. Je me suis retrouvée donc avec les copains catholiques.

J’aimais bien les cours de religion en primaire, parce que c’était facile : on coloriait une petite image et on lisait un petit texte, qu’il fallait apprendre par cœur pour la séance suivante. Je me souviens d’avoir appris l’histoire des sept plaies d’Égypte, d’Abraham, de Jésus qui jette les pharisiens hors du temple, et de la parabole du semeur.

On commençait toutes les séances par la prière Notre père, que je connaissais parce que je l’avais apprise en CP avec la prof de religion protestante… mais on finissait les séances par Je vous salue Marie que je n’avais jamais apprise. (Le curé n’a pas jugé utile de nous la redonner par écrit — je suppose que je faisais du playback convaincant — or ma mémoire n’est pas du tout auditive : je n’ai jamais appris « correctement » cette prière.) (Je ne considère pas qu’elle manque à ma vie, notons-le bien.)

J’ai complètement saoulé mes parents pour pouvoir faire ma petite communion avec les copines. (NdT : il s’agit plus exactement de la première communion. La première fois que l’on s’approche de l’autel à l’église pour communier, c’est-à-dire partager le pain/le corps du Christ. Très concrètement on s’approche de l’autel et le prêtre nous donne un bout de pain azyme en disant “le corps du christ”.)

Sauf que… pour cela, il a fallu me faire baptiser (hé oui, c’est comme dans un RPG : il y a des sacrements qu’on ne peut pas débloquer sans en avoir débloqué d’autres d’abord !). Ils ont organisé une grande teuf de famille pour baptiser d’un seul coup mon petit frère et moi (2,5 et 8,5 ans respectivement). Je me souviens des vêtements blancs, de toute ma famille réunie, de la chaleur du soleil et de la fraîcheur de l’église, des trois tasses d’eau versées sur ma nuque au nom de la trinité… mais soyons honnêtes, je me souviens surtout de la MÉGA partie de cache-cache qu’on s’est faite avec les cousins et des vêtements qui étaient plutôt verts à la fin de la journée. BEST CACHE-CACHE EVER, LES GARS.

Forte de ce nouveau statut de « vraie » chrétienne, j’ai pu aller communier trois semaines plus tard avec les copains. Je me souviens des robes blanches, du souffle court face à cet impressionnant cérémonial, de la procession de lys, du goût de l’hostie… et de la MÉGA TEUF qu’on a faite après pour fêter ça.

Au collège, j’ai encore eu de l’enseignement religieux au collège public. Il y avait deux profs en catholique, et une (?) en protestante. Je ne me souviens pas d’avoir vu des profs d’Islam ou d’orthodoxe (une histoire de concordat ?). L’enseignement prenait une heure par semaine, par petits groupes (demi ou quart de classe, je pense).

Le premier prof essayait vaguement de nous faire prier. (Mais vazy pour faire accepter l’autorité divine à une bande d’ados qui essaient de s’affranchir en n’écoutant rien ni personne…) On découpait les annales d’Issoudun et on disait ce que nous évoquaient les prières qu’il y avait dans les revues (découverte : il existe autre chose que le Notre Père !).

L’autre prof (je ne crois que je ne l’ai eue qu’une seule année sur les 4) était beaucoup plus dans la réflexion, on réfléchissait à comment vivre ensemble, on s’interrogeait sur des sujets plutôt pertinents à l’adolescence, comme le besoin de possession du dernier gadget à la mode, l’affirmation via les marques, l’amour… Dans mon souvenir, on lisait surtout des textes païens (c’est-à-dire non bibliques) comme des chansons ou des extraits de beaux textes. On a sûrement lu des beaux textes bibliques, mais ça me rappelle moins de souvenirs. Par exemple, c’est en cours de religion que j’ai entendu les vers je suis l’as de trèfle qui pique ton cœur ou je prie les choses et les choses m’ont pris dont vous conviendrez qu’il ne s’agit pas tout à fait de productions de grands pontes de la religion. On a aussi lu des morceaux du Petit Prince et des interviews d’ados dans Okapi. C’était sympa de pouvoir parler pendant cette heure, dans une ambiance plutôt bienveillante. C’était vraiment une heure qui me faisait du bien.

En cinquième, j’ai pour la première fois fait quelque chose de plus religieux que la moyenne de mes camarades : j’ai signé pour des cours de cathé une fois par semaine assortis de deux messes hebdomadaires, et tout ça pendant plusieurs mois, pour me préparer à recevoir le sacrement de la confirmation. En gros, l’esprit saint est descendu sur moi pour que je puisse aller répandre la bonne parole, comme les premiers apôtres. La confirmation c’est un « gros truc » côté cérémonial : c’est l’évêque du diocèse de Strasbourg en personne qui était venu dessiner une croix avec de l’huile sur nos fronts. C’était une très belle cérémonie, franchement. Aucun souvenir de ce qu’il a raconté, mais l’ambiance était impressionnante. Après ça, j’étais une pierre sur laquelle on pouvait bâtir une église.

Bon. Rétrospectivement, je ne sais pas trop pourquoi je me suis infligé ça (vous comprendrez plus bas pourquoi je ne me rétro-comprends pas).

Toujours est-il qu’après les 3-4 mois de cathé + messes à haute dose, j’ai décidé que nan, c’était pas trop mon truc et on allait un peu se calmer.

(Je sais pas, j’avais peut-être juste besoin d’expérimenter pour être sûre ?)

Je ne l’ai pas précisé avant, pour ménager un peu de suspense… mais j’étais athée depuis longtemps, en fait ! J’ai arrêté de croire en Dieu en même temps que j’ai arrêté de croire en la petite souris. (Jamais cru au père Noël…) La non-existence d’un quelconque Dieu était une évidence pour moi. Pas un truc dont je devais convaincre la terre entière, mais un fait aussi indéniable que « les cailloux sont durs » ou « le ciel est bleu » (quoique la bleuteur du ciel soit discutable, je le reconnais).

Cela ne m’a pas empêché d’apprécier la religion qui tournait autour : j’aimais bien le sentiment d’appartenir à une communauté, les cérémonies et les rituels qui ont jalonné mon enfance (et les grosses teufs après la messe). J’étais donc une athée pratiquante. Je ne croyais pas en Dieu, mais je croyais en la religion : c’était plutôt sympa, après tout. Et je ne voyais pas de contradiction évidente entre « être chrétien » et « être quelqu’un de bien » donc ça ne me dérangeait pas d’être catholique.

Donc à 12-13 ans, j’en ai eu marre de faire semblant. j’ai décidé que je pratiquerais seulement le strict minimum pour les réunions de famille et que je ne mentirais plus à ce sujet.

Donc (contrairement à la plupart de mes camarades) j’ai séché la profession de foi à 14 ans. La profession de foi, également appelée « grande communion », est une grande cérémonie où les enfants s’habillent avec des chasubles, et vont déclarer à l’église, un cierge à la main, qu’ils croient en Dieu, en Jésus-Christ, en la sainte église catholique, etc.

Je n’y croyais pas, je n’allais pas me déguiser et cramer un cierge innocent si c’était pour mentir : je n’ai pas demandé à participer à cette cérémonie. Donc pouf pouf, ce dimanche de printemps, on n’a pas fait de réunion de famille alors qu’on aurait pu… Mais je n’ai pas eu de regret.

(Pour la petite histoire, traditionnellement on offre des cadeaux aux enfants à l’occasion de leur profession de foi mais pas à l’occasion de la confirmation, alors que la profession de foi n’est pas un sacrement… Je me suis bien fait avoir.)

(Bah. Tant pis. Pas de regret, j’ai dit.)

(Bouah T_T)

À l’heure actuelle, beaucoup de choses ont évolué mais je reste fidèle à ce principe de ne pas mentir : à l’église, je viens et je chante parce que c’est toujours une sensation qui me plaît de sentir une foule qui chante et prie à l’unisson… mais je ne dis rien pendant les professions de foi.

(Et je ne connais toujours pas ce foutu je-vous-salue-Marie ! >_<)